Les aventures de l’alpaga « Sologne », acteur à 4 pattes du film « King Guillaume ».
L’alpaga AS Sologne, un mâle de 2 ans, a participé au tournage de King Guillaume, un film de Pierre-François Martin-Laval, en Bretagne sur la presqu’île de Porspoder, en Mai et Juin 2008.
Il tenait le rôle de l’animal-mascotte favori de « Christine » (Fred Proust), aux côtés des comédiens Florence Foresti, P-F Martin-Laval, Pierre Richard, Raymond Bouchard, Isabelle Nanty et Omar Sy.
L’alpaga s’est remarquablement bien adapté aux conditions de tournage difficiles : bruits, cameras, machineries, projecteurs, passages au pas de course des accessoiristes, tourbillon incessant des habilleuses et maquilleuses, perches de prise de son qui surgissent de nulle part,… etc. Sans oublier les escalades et descentes de rochers abrupts et déjà difficiles à gravir pour un être humain, et les scènes périlleuses bien maîtrisées au bord des falaises.
Sologne s’est habitué à courir derrière une brouette tressautante et bruyante poussée par « Christine », il a supporté sans broncher les cris et les colères contenus dans le jeu des comédiens, il a appris avec facilité à boire dans un verre et à se tenir tranquillement à l’écart de ses congénères. Il a aussi fallu apprendre les bains de mer, à rester calme face aux vagues, pourtant très surprenantes et inquiétantes lors du premier contact… Et aussi à brouter de l’herbe salée (aucun problème), à faire des câlins et à tenir chaud beaucoup mieux qu’un gros édredon en posant son cou sur les genoux de sa maîtresse.
Les seules réticences exprimées se sont manifestées en se couchant parfois quelques instants le cou allongé au sol, quand il était question de passer sur ce satané ponton, avec des trous entre les planches. Mais il faut dire à la décharge de Sologne que sa maîtresse elle-même n’y allait qu’à reculons et en faisant très attention à là où il posait ses pieds. Une sacrée épreuve d’agilité, réussie haut la main !
Nous avons callé sur un seul plan, perçu comme trop dangereux et difficile, car il devait être tourné à l’intérieur d’une épave de bateau, très exigüe, avec plusieurs personnages et deux 2 bébés nouveau-nés dans un hamac, qui auraient pu être bousculés si quelque chose avait fait peur à l’alpaga et s’il avait fait un écart. Et comme vous le savez, plus le champ de vision est réduit, plus l’alpaga risque d’être surpris et inquiété.
Sologne a appris à se détendre entre 2 plans, en retrouvant ses congénères AS Malaga et AS Taliko, venus lui soutenir le moral et le réconforter entre les prises de vues. Un enclos confortable leur avait été aménagé pour la nuit, et nous avons constaté que Sologne se rendait volontiers sur les lieux de tournage le matin. En liberté, il a fini par se laisser approcher et caresser par tout un chacun sans bouger, voire en prenant la pose et en appréciant d’être devenu la mascotte de l’équipe d’une soixantaine de personnes.
Les journées de tournage sont longues (nous finissions souvent à 9 heures 30 le soir), et se déroulent dans des conditions climatiques souvent difficiles : toujours beaucoup de vent, certains jours des pluies incessantes et glaciales, mais le plus souvent un soleil dont il fallait se protéger, tant l’air est pur à l’extrême ouest de la Bretagne.
Nous y avons consacré 3 semaines de notre temps, à une époque où il y a beaucoup à faire dans l’élevage, car il nous est apparu qu’il y avait là une réelle opportunité de promotion de l’alpaga, et nous sommes satisfaits de contribuer ainsi à une meilleurs connaissance de cet animal passionnant et plein de ressources.
En conclusion, je dirais que cette expérience était très intéressante, voire passionnante, et a permis de découvrir de nouvelles facettes de l’alpaga, avec ses facultés latentes remarquables, son adaptabilité étonnante, sa grande confiance et complicité avec sa maîtresse aussi. Cela m’a également permis de découvrir une nouvelle facette de mes congénères, ceux du monde du cinéma, étonnant et curieux, un monde à part. Mais j’ai été extrêmement frustrée de voir des possibilités de l’alpaga Sologne inexploitées, des potentialités laissées de côté par les lourdes journées minutées du metteur en scène, qui rendaient improbable l’intelligence des opportunités à saisir.